Comparo roadsters : Japon contre Europe sur des routes de rallye
Envoyé 22/06/2010 à 19h37 par lequipement.fr
Tags brutale, comparatif, essai moto, honda, kawasaki, ktm, mv agusta, rallye, roadster, superduke, ultimate
Aujourd'hui, les nouvelles, bonnes ou mauvaises, s'annoncent par texto. Tout a commencé par ce laconique mais exhaustif message d'Arnaud Sajoux, pistard en Top Twin et rallyman sur Morini Veloce : « ça te dirait de venir te faire tordre pendant les reco de l'UR ? T'as le choix des armes !!! » Vous connaissez les motards, toujours à vouloir savoir qui a la plus grosse... Revenu d'essai avec la Z1000 pour un autre mag, je me suis dit que ça serait bien de rabattre le caquet de ce coquin, convaincu que la Kawa n'allait faire qu'une bouchée de son roadster "spaghetti" Et comme il n'y a rien de plus joueur qu'un rallyman, je me suis laissé tenter par inviter d'autres amis aussi bouillants que le sieur Arnaud pour en découdre. J'ai nommé Cédric Parmentier et sa MV Agusta Brutale 1090R ainsi que Michel Bonneau sur sa nouvelle arme une KTM Superduke. Ajoutez une CB 1000 R et vous obtenez un match Japon/Europe qui ne fera pas de quartier.
Honda CB 1000 R vs Kawasaki Z 1000 vs KTM Superduke 990 vs MV Agusta Brutale 1090 R ... Action !
Un comparo sur les routes de l'Ultimate Rally !
Suite au désistement d'Arnaud pour cause de chute et de casse à Lédenon (qui rigole au fond ?), hors de question de reporter et c'est avec une jolie Kawette blanche et orange accompagnée d'une Honda CB1000R pour arbitrer le tout que je débarquais sur Montluçon pour faire connaissance avec les routes de l'Utimate Rallye et les divers accompagnants. En effet, P'tit Lu s'est invité sur cet essai et nous a amené un char d'assaut japonais, une DN-01, avec laquelle il entreprendra de se mesurer aux top pilotes de la catégorie sur un terrain qualifié de "rallye le plus difficile d'Europe" (j'en entends encore qui rigolent...). Je retrouverais également Thomas Devoti sur sa 690 SM et Renaud Fanon sur une Duke R. Bref, que des énervés de la gâchette.
Fort de son expérience, Michel nous avait concocté un emploi du temps digne des plus grands évènements de la planète moto. Quinze minutes pour rallier chaque spéciale, 45 minutes de reco dans lesdites spéciales et 15 minutes de photos pour finir. Michel, faut qu'on cause ! Le planning est impossible à respecter. D'autant que moins de 5 minutes et 2 feux rouges après être parti, tout ce petit monde s'était déjà éclaté et nous nous retrouvâmes perdus Cédric, Corinne, la photographe, et moi-même. Ça commençait fort !
Une Honda à la prise en main immédiate
D'emblée, j'avais choisi la Kawa pour établir une référence. Je retrouvais la machine facile à manier que j'avais essayée. Intuitive, coupleuse dans les bas régimes sans être extravagante, la Z est à l'opposé de ce que sa ligne et son esthétique suggèrent. Elle se laisse manier du bout du guidon. Je constate juste que ses freins manquent un peu de mordant par rapport à mon précédent souvenir et que je n'ai pas l'ABS. « Pô bien grave me dis-je !!! » Quel tort j'ai eu de penser ça si tôt...bref, Cédric avait choisi sa monture habituelle et j'avais proposé à Corinne et rouler la Honda. Habituée aux twins de moyenne cylindrée, il était intéressant de voir comment elle allait apprivoiser la CB 1000 R réputée pour être une machine d'une facilité déconcertante. D'un gabarit plus généreux que sa SV, il se laisse toutefois rapidement oublier au profit d'une maniabilité intéressante. Facile de prise en main, il suffit de quelques virages pour se dire qu'on a toujours connu cette machine. Le freinage assisté d'un ABS renforce la sensation de sécurité et le 4 cylindre délivre sa puissance docilement. Peut-être un peu trop au goût de Corinne qui peine à retrouver les sensations qu'elle connait au quotidien sur sa Suz.
Dans l'intervalle, nous avions enfin retrouvé le groupe pour rejoindre la première spéciale de la journée, le barrage de Prat. C'est en fait celle qui clôturera le rallye juste avant la spéciale du circuit de karting. Comme baptême, je peux vous dire que je n'ai été déçu. Le temps pour P'tit Lu de nous dire que « la spéciale commence ici » et nos rallymen se sentent pousser des ailes. Ni une ni deux, je me cale à l'aspi de Michel pour l'observer avant de lui faire les freins. J'ai fait du SBK moi Messieurs, faut pas venir me chatouiller avec vos bolides d'à peine 100 chevaux ! Ah mais la route n'est pas fermée ? Ah mais il y a des gravillons ? Purée mais euh ça glisse ici!
En moins de 4 kilomètres, je perds l'avant une bonne dizaine de fois et l'arrière ne demande qu'à se faire la malle. Devant ? En fait, ça n'a duré que 3 virages ! Impossible de les tenir, un grand truc de malade. En aveugle dans tous les virages, je suis à l'arrêt et pourtant la Kawa me ménage. Elle s'inscrit avec précision et n'est jamais vicieuse même si je sens que les éléments de suspension commencent à pomper très légèrement. Le moulin monte gentiment dans les tours mais c'est vers 7 000 tr/min qu'il s'exprime avec force. Pile-poil quand je décide de passer la vitesse supérieure ! Autant dire que je ne lui fais pas de mal à la titine. La boite se verrouille avec précision et c'est une aide supplémentaire que de ne pas tomber sur de faux point mort. Cédric me suit sans grand souci, il s'accroche le rascal ! Bon, en même temps, le niveau du garçon est bien supérieur à ce que je peux faire mais sa MV dévoile là une nature qu'on ne soupçonnait qu'à peine. Je vous en reparle à la fin de la journée, patience.
De retour, sur la petite place où nous avions décidé de faire les photos statiques avant qu'un décérébré mono-neuronal ne décide d'éventuellement faire un cube avec les machines, je me dis que la journée va être longue, que le rallye, c'est pas un truc de tapette, que j'ai bien fait de ne pas trop parler autour de moi de cet essai car j'allais me prendre une pilule grave.
La séance photo terminée, nous pouvons admirer les allées et venues de Michel et Renaud. Ça peut faire sourire mais voir un twin 990 peiner pour rattraper un mono de 690 cm³, ça fait tout drôle ! La SD (Superduke, vous suivez au fond oui....) est imperturbable et son pilote ne la ménage guère. La garde au sol de la machine semble insondable, du moins sur route ouverte et Michel n'amuse pas le terrain. Et ça n'est que le début !
Du grand art, j'en bave sous mon Shark :p Et que dire quand Cédric prends le relais et nous gratifie d'arrivées en glisse avec la Brutale. Pas très efficace mais ultra spectaculaire ! Surtout quand l'exercice consiste à rentrer sur un pont d'une largeur de moins de 2 mètres. Bon, j'vais prendre une petite boite de Pal moi.
Tout le monde a terminé ses petites affaires et nous nous dirigeons dès à présent vers la Spéciale du Gué de Sellat. Toujours tranquille mais à bon rythme, les 7 machines commencent à enrouler un peu plus vite. Les cales-pieds de la DN frottent bon train, ah le cadre aussi ! P'tit Lu, toujours au top de l'équipement (normal vous me direz), roule avec un gilet airbag Helite par dessus une combi cuir. On n'est jamais trop prudent, surtout avec une vache de 260kg pour 62 percherons ... qu'il va aligner à l'Ultimate !
Michel ouvre à nouveau la route et je me persuade de le suivre pour apprendre. Déjà il reste dans ma ligne de mire, c'est mieux ! Sans le savoir, nous faisons la spéciale. Gauche aveugle, droite serré qui s'ouvre, des arbres qui déterminent un point de corde aléatoire, le bitume à l'apparence gravillonneuse mais au grip excellent, le rallyman doit gérer toutes ses infos et analyser en temps réel ce qu'il peut faire ou ne pas faire, à quels endroits il va pouvoir prendre appui et trouver de l'adhérence, bref gérer et attaquer en permanence. Sacré école ! Et le choix des machines conditionne aussi ces résultats. Un roadster ou un Supermot sont les armes idéales sur ces routes défoncées. Et pourtant, un certain Denis gagne avec une hypersportive, comme quoi...Dans tous les cas, la polyvalence et la facilité d'utilisation du châssis autant que celle du moteur conditionne les résultats. Et je me dis que cette Kawa manque un chouilla de rigueur pour être l'arme que je pensais être. En effet, alors que le rythme de la montée se fait plus élevé, il faut se montrer de plus en plus viril et autoritaire pour que la Z tienne la distance. En appui sur les repose-pieds, la machine "danse" de l'arrière et demande de la poigne. Rien de gênant mais on atteint les limites des suspensions réglées "stock" ! Devant, la KTM confirme son incroyable stabilité. Aux freins (surpuissants et Michel roule avec les éléments d'origine, MC, étriers et plaquettes) comme à la relance, la machine du Normand ne bronche pas. Impressionnant !
Z 1000 : Un manque d'ABS qui coûte cher
C'est sur cette note que je décide d'entamer les photos d'action avec les 4 machines. Corinne est calée, le virage choisi suffisamment rapide pour juger des machines et permettre de poser le genou, les pilotes chauds et c'est parti ! Le métier commence à rentrer et la confiance aussi. On use les sliders, les machines pompent allègrement, les sortie se font sur la roue arrière et au ras des murets....Michel me fait signe de rentrer avec la Kawa car je commence à couper les traj', ce qui est ultra dangereux sur la route ! Sans visibilité aucune, je prends les intérieurs sur les virages à gauche et me laisse déporter en sortie de virage à droite. Obéissant comme un écolier, je m'exécute sauf qu'en rentrant à 10 km/h sur le parking plein de gravillons, je bloque l'avant de la Z (eh oui pas d'ABS, vous vous souvenez ...) et me répands comme un mollusque sur 2 mètres. Sauf qu'en relevant la machine, je vois une mare à mes pieds. Le carter droit laisse apparaitre un trou gros comme une pièce de 2 €. Sans compter la tête de fourche râpée, le guidon tordu ayant enfoncé le réservoir, le carénage droit avec le clignotant intégré défoncé, la platine de repose-pied cassée nette et le pot droit bien marqué. Bref, essai terminé pour la Niponne qui prend cher pour une chute qui peut arriver à n'importe qui. J'ai regretté l'ABS. Si une option se montre désormais indispensable, c'est bien celle-ci ! Correctement maitrisée, elle permettra aux benêts dans mon genre d'éviter de croiser les skis.
De retour à la base, tout le monde ne peut que déplorer la perte de la kawa et s'indigne cependant de la faible qualité des matériaux. Le carter a explosé sous le choc malgré la faible allure. On ose à peine imaginer une chute à plus grande vitesse.
Honda : Le moteur voudrait bien ...
Ni une ni deux, je monte sur la CB 1000 R. Autant ne pas se laisser abattre par les commentaires désobligeants de mes petits camarades ! Pas de surprises au niveau de la prise en main, la Honda démontre toute sa polyvalence tout autant que ses limites. Les suspensions, réglées bien trop souples pour ce type de revêtement, mettent à mal l'équilibre naturel de la machine tout comme la monte pneumatique. Les BT-015 subissent la forte chaleur et n'apprécient pas le traitement. De petites vibrations sur l'angle vous font comprendre qu'ils n'assureront pas le grip si vous décidez de passer plus fort. Le potentiel de cette machine est incroyable mais il va demander une grosse préparation pour pouvoir mettre du gros gaz au même titre que ses congénères. Pour autant, le moteur est bien celui qui fera la quasi-unanimité. Souple et puissant, disponible partout, il assure son rôle de 2 500 à 9 000 tr/min. Et que dire du frein qui s'avère être un des plus dosables du lot, avec l'ABS en prime.
Un circuit sur route ouverte !
Sous une chaleur qui commence à faire ressembler la photographe à une écrevisse, nous décidons de nous séparer pour s'occuper d'aller chercher le camion pour rapatrier la kawa et rendez-vous est pris sur l'avant-dernière spéciale de la journée, celle de Chambonchard qui aux dires de Michel et de Cédric est un véritable circuit. Enfin un terrain de jeu qui devrait me correspondre. Heureusement car Michel ne se prive pas pour en rajouter sur mon compte. Il est largement temps que je lui montre de quoi je suis capable au kiné en KTM !
Autant vous le dire tout de suite, j'ai eu la sensation de me retrouver dans les 17 de la Vallée de Chevreuse. Difficile de savoir qui "reconnait" de qui vient se balader ! C'est ça le rallye ! Une grande diversité de pilotes au guidon de machines tout aussi disparates et tout le monde se partage la route tout en faisant gaffe aux camping-car et aux autochtones. Il faut parfois jongler entre les voitures et les motards au niveau inégal et redoubler de prudence.
Sur cette spéciale, effectivement, le bitume ressemble à celui d'un circuit. 2 à 3 allers-retours suffisent à mémoriser la spéciale et les entrées en courbe se font plus rapides et plus incisives. Je commence avec la CB 1000 R qui confirme mes sensations ressenties quelques heures plus tôt. La belle Honda, superbe dans sa version X-Treme avec ses éléments carbone et sa déco rouge soulignant ses carters, est à la peine et c'est pourquoi je décide rapidement de passer sur la MV.
Brutale : Quoi lui reprocher ?
De mémoire, la Brutale 910 que j'avais roulée était un bout de bois avec une injection récalcitrante due à un très mauvais bridage. Autant vous dire que je n'étais pas pressé de poser mes fesses sur cette 1090R. Et pourtant, Cédric ne cessait de me vanter toutes ses qualités. Je restais encore plus scotché quand j'appris que ce dernier avait fait 4ème scratch au Moto-Tour 09 avec une moto d'origine. Aucune préparation de suspensions sur sa machine, ce qui, vu son résultat, démontre le potentiel de la belle Italienne. Une fois en selle, il suffit d'un virage pour se rendre compte de l'incroyable efficacité de l'ensemble. Whaou ! Précise, vive, rapide, coupleuse, rageuse, la MV recueille tous les suffrages. Les mouvements entre l'avant et l'arrière sont maitrisés et le feeling global est incroyable. Le 4 cylindres dévoile une disponibilité dans les bas-régimes qu'on ne soupçonnait pas. Tout ce qu'il faut à une meule de rallye ! Et ce son ...une Ferrari ne ferait pas mieux. L'équipement de freinage est confié à Brembo et encore une fois, pas d'erreur !
En plus d'être beau, c'est de loin l'ensemble offrant le meilleur feeling des 4 machines présentes. Michel ouvre à nouveau la voie et cette fois, il lui faut passer en mode "spéciale" pour rester devant. Non pas que je sois devenu subitement bon mais l'italienne me donne toutes les armes pour les suivre, Cédric et lui ! Et c'est sur ce rythme que nous rejoignons la dernière spéciale de la journée, celle de Boron !
Un truc de malade que cette spéciale: 8,5 km de routes étroites alternant ciment bitumeux et gravillons en leurs centres avec en prime une jolie bosse incitant à sauter. Mais derrière, ça tourne à gauche ! Il sera plus prudent de rendre la main que de terminer dans le jardin d'en face ! Sauf qu'avec la bande de cintrés qui m'accompagne, on ne s'est pas privés pour passer de plus en plus vite quitte à vraiment décoller les roues. Trop trop bon ! Et que dire de la montée...enfin, je prends mon pied ! La belle de Varese virevolte dans les virages et se joue de mon inexpérience. Cédric doit se sortir les tripes avec la Honda, pour rester au contact de Michel et de sa SuperDuke. Ce dernier a beau augmenter le rythme à chaque passage, les écarts se resserrent. On roule de plus en plus vite et la confiance impose de la retenue. Je me ferais d'ailleurs ma plus grosse chaleur dans cette spéciale. Une prise de freins trop brutale pour tourner dans un droite en descente, la roue arrière qui décolle et joue les filles de l'air, une mauvaise coordination cerveau/poignet qui décide de ré-accélérer et j'ai eu le palpitant qui a failli sortir de ma poitrine pendant au moins une bonne vingtaine de minutes.
Bilan : L'Europe se rebiffe !
Après la séance délire ou Cédric et Michel nous gratifieront de passages aussi beaux qu'impressionnants, je peux vous dire que le rallye, c'est un truc d'hommes ! Les 2 oiseaux m'ont suffisamment chauffé pour que j'en fasse au moins dans l'année. Si j'avais une moto à prendre, laquelle choisirais-je ? Au sein de ce comparo, j'hésite entre la Katoche et la MV Agusta.
Eh oui, pas de Japonaise en tête de mon classement ! L'Europe, aujourd'hui, prend le pas sur les productions japonaises à tous les échelons ; que ce soit en terme de comportement ou de finition. Il n'y a que sur le plan des tarifs que ces dernières sont encore compétitives et, bien sûr, c'est un argument non négligeable compte tenu de la conjoncture actuelle. Néanmoins, pour qui veut rouler différent et efficace, mieux vaut regarder du coté de l'Italie et de l'Autriche. La MV étant hors de prix pour ma bourse, M'sieur KTM, vous n'auriez pas une SuperDuke pour août et le rallye des Volcans
?
Honda CB 1000 R vs Kawasaki Z 1000 vs KTM Superduke 990 vs MV Agusta Brutale 1090 R ... Action !
Un comparo sur les routes de l'Ultimate Rally !
Suite au désistement d'Arnaud pour cause de chute et de casse à Lédenon (qui rigole au fond ?), hors de question de reporter et c'est avec une jolie Kawette blanche et orange accompagnée d'une Honda CB1000R pour arbitrer le tout que je débarquais sur Montluçon pour faire connaissance avec les routes de l'Utimate Rallye et les divers accompagnants. En effet, P'tit Lu s'est invité sur cet essai et nous a amené un char d'assaut japonais, une DN-01, avec laquelle il entreprendra de se mesurer aux top pilotes de la catégorie sur un terrain qualifié de "rallye le plus difficile d'Europe" (j'en entends encore qui rigolent...). Je retrouverais également Thomas Devoti sur sa 690 SM et Renaud Fanon sur une Duke R. Bref, que des énervés de la gâchette.
Fort de son expérience, Michel nous avait concocté un emploi du temps digne des plus grands évènements de la planète moto. Quinze minutes pour rallier chaque spéciale, 45 minutes de reco dans lesdites spéciales et 15 minutes de photos pour finir. Michel, faut qu'on cause ! Le planning est impossible à respecter. D'autant que moins de 5 minutes et 2 feux rouges après être parti, tout ce petit monde s'était déjà éclaté et nous nous retrouvâmes perdus Cédric, Corinne, la photographe, et moi-même. Ça commençait fort !
Une Honda à la prise en main immédiate
D'emblée, j'avais choisi la Kawa pour établir une référence. Je retrouvais la machine facile à manier que j'avais essayée. Intuitive, coupleuse dans les bas régimes sans être extravagante, la Z est à l'opposé de ce que sa ligne et son esthétique suggèrent. Elle se laisse manier du bout du guidon. Je constate juste que ses freins manquent un peu de mordant par rapport à mon précédent souvenir et que je n'ai pas l'ABS. « Pô bien grave me dis-je !!! » Quel tort j'ai eu de penser ça si tôt...bref, Cédric avait choisi sa monture habituelle et j'avais proposé à Corinne et rouler la Honda. Habituée aux twins de moyenne cylindrée, il était intéressant de voir comment elle allait apprivoiser la CB 1000 R réputée pour être une machine d'une facilité déconcertante. D'un gabarit plus généreux que sa SV, il se laisse toutefois rapidement oublier au profit d'une maniabilité intéressante. Facile de prise en main, il suffit de quelques virages pour se dire qu'on a toujours connu cette machine. Le freinage assisté d'un ABS renforce la sensation de sécurité et le 4 cylindre délivre sa puissance docilement. Peut-être un peu trop au goût de Corinne qui peine à retrouver les sensations qu'elle connait au quotidien sur sa Suz.
Dans l'intervalle, nous avions enfin retrouvé le groupe pour rejoindre la première spéciale de la journée, le barrage de Prat. C'est en fait celle qui clôturera le rallye juste avant la spéciale du circuit de karting. Comme baptême, je peux vous dire que je n'ai été déçu. Le temps pour P'tit Lu de nous dire que « la spéciale commence ici » et nos rallymen se sentent pousser des ailes. Ni une ni deux, je me cale à l'aspi de Michel pour l'observer avant de lui faire les freins. J'ai fait du SBK moi Messieurs, faut pas venir me chatouiller avec vos bolides d'à peine 100 chevaux ! Ah mais la route n'est pas fermée ? Ah mais il y a des gravillons ? Purée mais euh ça glisse ici!
En moins de 4 kilomètres, je perds l'avant une bonne dizaine de fois et l'arrière ne demande qu'à se faire la malle. Devant ? En fait, ça n'a duré que 3 virages ! Impossible de les tenir, un grand truc de malade. En aveugle dans tous les virages, je suis à l'arrêt et pourtant la Kawa me ménage. Elle s'inscrit avec précision et n'est jamais vicieuse même si je sens que les éléments de suspension commencent à pomper très légèrement. Le moulin monte gentiment dans les tours mais c'est vers 7 000 tr/min qu'il s'exprime avec force. Pile-poil quand je décide de passer la vitesse supérieure ! Autant dire que je ne lui fais pas de mal à la titine. La boite se verrouille avec précision et c'est une aide supplémentaire que de ne pas tomber sur de faux point mort. Cédric me suit sans grand souci, il s'accroche le rascal ! Bon, en même temps, le niveau du garçon est bien supérieur à ce que je peux faire mais sa MV dévoile là une nature qu'on ne soupçonnait qu'à peine. Je vous en reparle à la fin de la journée, patience.
De retour, sur la petite place où nous avions décidé de faire les photos statiques avant qu'un décérébré mono-neuronal ne décide d'éventuellement faire un cube avec les machines, je me dis que la journée va être longue, que le rallye, c'est pas un truc de tapette, que j'ai bien fait de ne pas trop parler autour de moi de cet essai car j'allais me prendre une pilule grave.
La séance photo terminée, nous pouvons admirer les allées et venues de Michel et Renaud. Ça peut faire sourire mais voir un twin 990 peiner pour rattraper un mono de 690 cm³, ça fait tout drôle ! La SD (Superduke, vous suivez au fond oui....) est imperturbable et son pilote ne la ménage guère. La garde au sol de la machine semble insondable, du moins sur route ouverte et Michel n'amuse pas le terrain. Et ça n'est que le début !
Du grand art, j'en bave sous mon Shark :p Et que dire quand Cédric prends le relais et nous gratifie d'arrivées en glisse avec la Brutale. Pas très efficace mais ultra spectaculaire ! Surtout quand l'exercice consiste à rentrer sur un pont d'une largeur de moins de 2 mètres. Bon, j'vais prendre une petite boite de Pal moi.
Tout le monde a terminé ses petites affaires et nous nous dirigeons dès à présent vers la Spéciale du Gué de Sellat. Toujours tranquille mais à bon rythme, les 7 machines commencent à enrouler un peu plus vite. Les cales-pieds de la DN frottent bon train, ah le cadre aussi ! P'tit Lu, toujours au top de l'équipement (normal vous me direz), roule avec un gilet airbag Helite par dessus une combi cuir. On n'est jamais trop prudent, surtout avec une vache de 260kg pour 62 percherons ... qu'il va aligner à l'Ultimate !
Michel ouvre à nouveau la route et je me persuade de le suivre pour apprendre. Déjà il reste dans ma ligne de mire, c'est mieux ! Sans le savoir, nous faisons la spéciale. Gauche aveugle, droite serré qui s'ouvre, des arbres qui déterminent un point de corde aléatoire, le bitume à l'apparence gravillonneuse mais au grip excellent, le rallyman doit gérer toutes ses infos et analyser en temps réel ce qu'il peut faire ou ne pas faire, à quels endroits il va pouvoir prendre appui et trouver de l'adhérence, bref gérer et attaquer en permanence. Sacré école ! Et le choix des machines conditionne aussi ces résultats. Un roadster ou un Supermot sont les armes idéales sur ces routes défoncées. Et pourtant, un certain Denis gagne avec une hypersportive, comme quoi...Dans tous les cas, la polyvalence et la facilité d'utilisation du châssis autant que celle du moteur conditionne les résultats. Et je me dis que cette Kawa manque un chouilla de rigueur pour être l'arme que je pensais être. En effet, alors que le rythme de la montée se fait plus élevé, il faut se montrer de plus en plus viril et autoritaire pour que la Z tienne la distance. En appui sur les repose-pieds, la machine "danse" de l'arrière et demande de la poigne. Rien de gênant mais on atteint les limites des suspensions réglées "stock" ! Devant, la KTM confirme son incroyable stabilité. Aux freins (surpuissants et Michel roule avec les éléments d'origine, MC, étriers et plaquettes) comme à la relance, la machine du Normand ne bronche pas. Impressionnant !
Z 1000 : Un manque d'ABS qui coûte cher
C'est sur cette note que je décide d'entamer les photos d'action avec les 4 machines. Corinne est calée, le virage choisi suffisamment rapide pour juger des machines et permettre de poser le genou, les pilotes chauds et c'est parti ! Le métier commence à rentrer et la confiance aussi. On use les sliders, les machines pompent allègrement, les sortie se font sur la roue arrière et au ras des murets....Michel me fait signe de rentrer avec la Kawa car je commence à couper les traj', ce qui est ultra dangereux sur la route ! Sans visibilité aucune, je prends les intérieurs sur les virages à gauche et me laisse déporter en sortie de virage à droite. Obéissant comme un écolier, je m'exécute sauf qu'en rentrant à 10 km/h sur le parking plein de gravillons, je bloque l'avant de la Z (eh oui pas d'ABS, vous vous souvenez ...) et me répands comme un mollusque sur 2 mètres. Sauf qu'en relevant la machine, je vois une mare à mes pieds. Le carter droit laisse apparaitre un trou gros comme une pièce de 2 €. Sans compter la tête de fourche râpée, le guidon tordu ayant enfoncé le réservoir, le carénage droit avec le clignotant intégré défoncé, la platine de repose-pied cassée nette et le pot droit bien marqué. Bref, essai terminé pour la Niponne qui prend cher pour une chute qui peut arriver à n'importe qui. J'ai regretté l'ABS. Si une option se montre désormais indispensable, c'est bien celle-ci ! Correctement maitrisée, elle permettra aux benêts dans mon genre d'éviter de croiser les skis.
De retour à la base, tout le monde ne peut que déplorer la perte de la kawa et s'indigne cependant de la faible qualité des matériaux. Le carter a explosé sous le choc malgré la faible allure. On ose à peine imaginer une chute à plus grande vitesse.
Honda : Le moteur voudrait bien ...
Ni une ni deux, je monte sur la CB 1000 R. Autant ne pas se laisser abattre par les commentaires désobligeants de mes petits camarades ! Pas de surprises au niveau de la prise en main, la Honda démontre toute sa polyvalence tout autant que ses limites. Les suspensions, réglées bien trop souples pour ce type de revêtement, mettent à mal l'équilibre naturel de la machine tout comme la monte pneumatique. Les BT-015 subissent la forte chaleur et n'apprécient pas le traitement. De petites vibrations sur l'angle vous font comprendre qu'ils n'assureront pas le grip si vous décidez de passer plus fort. Le potentiel de cette machine est incroyable mais il va demander une grosse préparation pour pouvoir mettre du gros gaz au même titre que ses congénères. Pour autant, le moteur est bien celui qui fera la quasi-unanimité. Souple et puissant, disponible partout, il assure son rôle de 2 500 à 9 000 tr/min. Et que dire du frein qui s'avère être un des plus dosables du lot, avec l'ABS en prime.
Un circuit sur route ouverte !
Sous une chaleur qui commence à faire ressembler la photographe à une écrevisse, nous décidons de nous séparer pour s'occuper d'aller chercher le camion pour rapatrier la kawa et rendez-vous est pris sur l'avant-dernière spéciale de la journée, celle de Chambonchard qui aux dires de Michel et de Cédric est un véritable circuit. Enfin un terrain de jeu qui devrait me correspondre. Heureusement car Michel ne se prive pas pour en rajouter sur mon compte. Il est largement temps que je lui montre de quoi je suis capable au kiné en KTM !
Autant vous le dire tout de suite, j'ai eu la sensation de me retrouver dans les 17 de la Vallée de Chevreuse. Difficile de savoir qui "reconnait" de qui vient se balader ! C'est ça le rallye ! Une grande diversité de pilotes au guidon de machines tout aussi disparates et tout le monde se partage la route tout en faisant gaffe aux camping-car et aux autochtones. Il faut parfois jongler entre les voitures et les motards au niveau inégal et redoubler de prudence.
Sur cette spéciale, effectivement, le bitume ressemble à celui d'un circuit. 2 à 3 allers-retours suffisent à mémoriser la spéciale et les entrées en courbe se font plus rapides et plus incisives. Je commence avec la CB 1000 R qui confirme mes sensations ressenties quelques heures plus tôt. La belle Honda, superbe dans sa version X-Treme avec ses éléments carbone et sa déco rouge soulignant ses carters, est à la peine et c'est pourquoi je décide rapidement de passer sur la MV.
Brutale : Quoi lui reprocher ?
De mémoire, la Brutale 910 que j'avais roulée était un bout de bois avec une injection récalcitrante due à un très mauvais bridage. Autant vous dire que je n'étais pas pressé de poser mes fesses sur cette 1090R. Et pourtant, Cédric ne cessait de me vanter toutes ses qualités. Je restais encore plus scotché quand j'appris que ce dernier avait fait 4ème scratch au Moto-Tour 09 avec une moto d'origine. Aucune préparation de suspensions sur sa machine, ce qui, vu son résultat, démontre le potentiel de la belle Italienne. Une fois en selle, il suffit d'un virage pour se rendre compte de l'incroyable efficacité de l'ensemble. Whaou ! Précise, vive, rapide, coupleuse, rageuse, la MV recueille tous les suffrages. Les mouvements entre l'avant et l'arrière sont maitrisés et le feeling global est incroyable. Le 4 cylindres dévoile une disponibilité dans les bas-régimes qu'on ne soupçonnait pas. Tout ce qu'il faut à une meule de rallye ! Et ce son ...une Ferrari ne ferait pas mieux. L'équipement de freinage est confié à Brembo et encore une fois, pas d'erreur !
En plus d'être beau, c'est de loin l'ensemble offrant le meilleur feeling des 4 machines présentes. Michel ouvre à nouveau la voie et cette fois, il lui faut passer en mode "spéciale" pour rester devant. Non pas que je sois devenu subitement bon mais l'italienne me donne toutes les armes pour les suivre, Cédric et lui ! Et c'est sur ce rythme que nous rejoignons la dernière spéciale de la journée, celle de Boron !
Un truc de malade que cette spéciale: 8,5 km de routes étroites alternant ciment bitumeux et gravillons en leurs centres avec en prime une jolie bosse incitant à sauter. Mais derrière, ça tourne à gauche ! Il sera plus prudent de rendre la main que de terminer dans le jardin d'en face ! Sauf qu'avec la bande de cintrés qui m'accompagne, on ne s'est pas privés pour passer de plus en plus vite quitte à vraiment décoller les roues. Trop trop bon ! Et que dire de la montée...enfin, je prends mon pied ! La belle de Varese virevolte dans les virages et se joue de mon inexpérience. Cédric doit se sortir les tripes avec la Honda, pour rester au contact de Michel et de sa SuperDuke. Ce dernier a beau augmenter le rythme à chaque passage, les écarts se resserrent. On roule de plus en plus vite et la confiance impose de la retenue. Je me ferais d'ailleurs ma plus grosse chaleur dans cette spéciale. Une prise de freins trop brutale pour tourner dans un droite en descente, la roue arrière qui décolle et joue les filles de l'air, une mauvaise coordination cerveau/poignet qui décide de ré-accélérer et j'ai eu le palpitant qui a failli sortir de ma poitrine pendant au moins une bonne vingtaine de minutes.
Bilan : L'Europe se rebiffe !
Après la séance délire ou Cédric et Michel nous gratifieront de passages aussi beaux qu'impressionnants, je peux vous dire que le rallye, c'est un truc d'hommes ! Les 2 oiseaux m'ont suffisamment chauffé pour que j'en fasse au moins dans l'année. Si j'avais une moto à prendre, laquelle choisirais-je ? Au sein de ce comparo, j'hésite entre la Katoche et la MV Agusta.
Eh oui, pas de Japonaise en tête de mon classement ! L'Europe, aujourd'hui, prend le pas sur les productions japonaises à tous les échelons ; que ce soit en terme de comportement ou de finition. Il n'y a que sur le plan des tarifs que ces dernières sont encore compétitives et, bien sûr, c'est un argument non négligeable compte tenu de la conjoncture actuelle. Néanmoins, pour qui veut rouler différent et efficace, mieux vaut regarder du coté de l'Italie et de l'Autriche. La MV étant hors de prix pour ma bourse, M'sieur KTM, vous n'auriez pas une SuperDuke pour août et le rallye des Volcans
? Texte : Norbert
Photos : Corinne Montculier
Photos : Corinne Montculier
Nombre de commentaires 7
Commentaires
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Hey, sympathique ce comparatif !
La SD est chaussée de Power Pure, alors, impressions ??? :DEnvoyé 24/06/2010 à 12h41 par Shiba
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Envoyé 24/06/2010 à 12h52 par PtitLu
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Envoyé 24/06/2010 à 15h35 par Shiba
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Envoyé 28/06/2010 à 20h27 par Shiba
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Bien le bonjour c'est michel
Les power pure en usage sportif routier sur tous types de revêtements est excellent ...et parfait sous la flotte
Seul bémol en mode spéciale et je dis bien spéciale l'avant glissouille un peu en te donnant l'impression que tu vas croiser les skis ,donc du coup les entrées de courbe doivent être progressives cela dit le pneu te prévient bien ...à l'arrière rien à dire aussi bien en grip qu'en usure
En mode rallye ils ont 2000 kms et peuvent faire le double ...
Au plaisir Michel N°11Envoyé 29/06/2010 à 21h19 par Hayatomic
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Merci beaucoup !!!Citation:Bien le bonjour c'est michel
Les power pure en usage sportif routier sur tous types de revêtements est excellent ...et parfait sous la flotte
Seul bémol en mode spéciale et je dis bien spéciale l'avant glissouille un peu en te donnant l'impression que tu vas croiser les skis ,donc du coup les entrées de courbe doivent être progressives cela dit le pneu te prévient bien ...à l'arrière rien à dire aussi bien en grip qu'en usure
En mode rallye ils ont 2000 kms et peuvent faire le double ...
Au plaisir Michel N°11
Envoyé 30/06/2010 à 12h23 par Shiba
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Au fait j'y pense, quelques possesseurs de SD rapporte ça et là un soucis de louvoiement à haute vitesse... Aurais tu noté ce même soucis ?
Merci :DEnvoyé 07/07/2010 à 13h25 par Shiba
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